| Hommage à Eddie Vartan et interview exclusive de Sylvie "sur l'air de la Maritza"... |
| Dovijdané (au revoir) EddieVartan... |
| La mort rôdait autour de lui depuis plusieurs mois déjà ... Le 19 juin 2001, Eddie Vartan nous quittait. Le frère de Sylvie est mort des suites d'une hémorragie cérébrale à Paris, trop jeune, à l’âge de 64 ans. Eddie Vartan était né le 5 septembre 1937, à Sofia, en Bulgarie. Fuyant le régime communiste en place, ses parents, sa soeur et lui avaient quitté le "Pays des Roses" en décembre 1952 pour atteindre Paris, la France, la Liberté. Eddie connaît alors, tout comme sa famille, des années pénibles : difficultés financières, conditions de vie précaires et une nouvelle langue à apprivoiser. A la fin des années 50, la chance sourit enfin aux Vartan. Musicien accompli, Eddie décroche des contrats de trompettiste dans des clubs de jazz parisiens. La France est en pleine vague yé-yé et Eddie se retrouve producteur chez Decca-RCA. Bien vite, il rencontre Daniel Filippachi qui lui confie la programmation de "Salut les Copains" et de "Pour Ceux qui Aiment le Jazz" sur Europe 1. Nous sommes en 1960, Eddie cherche des groupes à la mode et, pour sauver une séance d'enregistrement, demande à sa soeur Sylvie, alors lycéenne, de donner la réplique à Frankie Jordan dans "Panne d'Essence". La chanson devient un tube. Sylvie entame sa formidable carrière et, pendant une dizaine d'années, Eddie s'occupera du répertoire et de l'orchestre de sa soeur. Il sera aussi directeur musical et producteur de Johnny Hallyday jusqu'au début des années 1970. Fatigué de toujours boucler ses valises pour des tournées autour du monde, Eddie se fixe au milieu des années 70, à Loconville (Oise), où la famille Vartan possède une propriété. Il écrit des chansons, épouse Florence qui lui donne un second fils, Nicolas, en 1983 (Eddie était déjà père de Mickaël, né en 1968 d'une première union et aujourd'hui acteur), rédige un livre "Il a neigé sur le Mont Vitocha" (paru chez Fixot), compose des musiques de films et met en musique certaines chansons de Sylvie et de plusieurs artistes français. Bon nombre de tubes de Sylvie sont d'ailleurs signés Eddie Vartan qui réussit un véritable tour de bravoure en mettant en musique "Aimer", émouvante chanson uniquement composée de verbes à l'infinitif, alors que beaucoup s'y étaient cassé les dents. Eddie aimait par dessus tout sa maison, Loconville et cette région du Vexin qui lui rappelait les paysages de Bulgarie. "Avec mes parents, nous avons en quelque sorte retrouvé ici une partie de nos racines bulgares", m'avait-il avoué un jour. Hasard de la vie, hasard de l'Histoire, Eddie s'est éteint alors que son pays, la Bulgarie, accueillait dans la joie et l'espoir des jours meilleurs son tsar, le Roi Siméon II, élu triomphalement lors des élections législatives du 17 juin 2001. Un rendez-vous manqué. Sans doute, cette nouvelle lui aurait-elle réchauffé le coeur. Car, dès la chute du communisme en Bulgarie en 1990, Eddie et Sylvie Vartan étaient retournés dans leur pays. Bouleversés par la situation des Bulgares à l’époque et soucieux de leur venir en aide, ils ont fondé l'"Association Sylvie Vartan pour la Bulgarie". (www.asvbweb. com) Eddie était mon ami. Comment l'oublier ? C'était un homme merveilleux, d'une très grande simplicité, que je garde dans mon coeur. (Photos : collection personnelle Stéphane Weiss) |
| Sur l'air de la Maritza... |
| Il y a quelques années avec son frère Eddie, Sylvie Vartan, a créé l'Association Sylvie Vartan pour la Bulgarie (www. asvbweb.com) afin d'aider son pays natal. Lors d'un de ses derniers séjours parisiens, « la lycéenne du twist » m'a accordé une interview dans laquelle elle raconte son engagement aux côtés des Bulgares et livre quelques confidences sur son enfance au "pays des roses"... Un entretien émouvant et sensible que je vous offre ici. Stéphane Weiss : Dans quel contexte avez-vous fondé cette association ? Sylvie Vartan : Je suis retournée en Bulgarie pour la première fois, en octobre 1990, où j'ai donné un concert à Sofia. Ce voyage fut pour moi extrêmement émouvant. Lors de ce séjour, j'ai retrouvé les lieux de mon enfance et des gens qui connaissaient mes parents. En 1990, il y avait vraiment un élan d'espoir et une ambiance particulièrement positive animait les Bulgares même si tous les magasins étaient vides. Le pays était sur les genoux. J'ai aussi constaté la détresse qui régnait dans les orphelinats et le manque de tout. A la suite de quoi, mon frère et moi avons décidé de créer une association pour venir en aide aux enfants et aux vieillards qui sont très souvent laissés pour compte. S.W. : L'association équipe notamment les hôpitaux bulgares en "berceaux bleus"... S.V. : Le programme des berceaux bleus était le premier objectif de l'association. Ces berceaux bleus sont en fait des couveuses qui dissipent de la lumière bleue. On y place les enfants, atteints de jaunisse, le temps nécessaire selon la gravité du cas. A la suite de quoi, la jaunisse est guérie. Ces couveuses sont très répandues chez nous mais totalement introuvables en Bulgarie. Les maternités en ont cruellement besoin car elles évitent aux bébés atteints de jaunisse des transfusions sanguines souvent fatales. D'ailleurs, lorsque le premier berceau bleu est arrivé en Bulgarie c'était une petite révolution. S.W. : Est-ce que votre association joue un rôle dans le processus d'adoption d'un enfant en Bulgarie ? S.V. : Beaucoup de gens nous sollicitent à ce sujet mais je tiens à préciser que l'association ne s'occupe absolument pas d'adoption. S.W. : Comment les gens peuvent-ils vous aider? S.V. : En donnant de l'argent, en adhérant et en faisant des dons. Des sociétés peuvent aussi nous aider. Que ce soit des entreprises médicales, des hôpitaux qui veulent changer ou moderniser leurs équipements néanmoins tout à fait valables. D'autres part, les hôpitaux bulgares ont besoin de tout : détergents, poudres pour les enfants, linges, etc… Pour être efficace, il est préférable d'envoyer de l'argent à l’ASVB. En effet, l'acheminement des biens et des produits vers la Bulgarie reste onéreux car les droits de douane sont très élevés. De ce fait, nous préférons collecter l'argent en France pour acheter sur place les produits. Et même si le don est modique cela nous aide toujours. S.W. : Vous avez également créé une association à Los Angeles qui vient en aide aux enfants défavorisés... S.V. : Cette structure est liée à l'ASVB. Ma démarche consiste à obtenir des dons supplémentaires aux Etats-Unis que l'on peut répercuter en Bulgarie pour la même cause. S.W. : Sylvie, quels souvenirs gardez-vous de votre enfance en Bulgarie ? S.V. : Nous étions une famille heureuse et j'étais très entourée. J'avais une vie très calme, joyeuse. Je me vois encore dans le jardin de mon grand-père. Pour moi le temps semblait éternel et je pensais que tout allait rester comme cela tout le temps. Jusqu'au moment où nous sommes partis de Bulgarie et que la réalité a brusquement tout bousculé. S.W. : Vous étiez écolière à cette époque. Comment se déroulaient les cours? S.V. : Je me souviens très bien que nous apprenions des hymnes à la gloire de Mao Tsé Toung, en chinois ! C'est fou, non ? Et puis, il fallait mettre les posters de Staline et de Dimitrov sur toutes les fenêtres et aux balcons des habitations. Ceux qui ne le faisaient pas étaient repérés et pouvaient disparaître très facilement. Evidemment, les familles étaient mortes d'inquiétude. Nous ne les revoyions plus jamais. A cette époque, la délation était très répandue, c'était sordide. Je me rappelle aussi des membres du régime, armés de matraques, qui obligeaient les gens à applaudir devant le mausolée de Georgui Dimitrov. Comme j'étais très jeune, j'arrivais à la hauteur des genoux des gens et donc des matraques et... je voyais la police frapper... Lorsqu'on regarde sur certains films d'archives les gens heureux en train d'applaudir, on constate quelle démagogie et quelle corruption impose ce système. C'était la dictature. S.W. : Votre père travaillait à l'Ambassade, je crois ? S.V. : Oui, il n'était pas diplomate mais attaché de presse ! Etant né en France, il a bénéficié de l'aide de l'ambassadeur de France de l'époque pour quitter la Bulgarie. C'est ainsi que nous sommes partis tout à fait légalement et pensant que, de toutes les manières, on ne passerait pas la frontière parce que le régime avait tous les pouvoirs. Le train s'est arrêté pendant deux heures à la frontière bulgaro-yougoslave et nous avons été séparés, ma mère et moi, dans une pièce, mon père et mon frère dans une autre. On ne s'est pas vus pendant deux heures et on croyait qu'ils avaient été déportés dans un camp. Vous savez, quant on est jeune, la vie est tellement forte que de telles situations marquent l'existence. Même si je pense que c'est aussi une force pour affronter la vie. S.W. : Vos parents habitaient une maison à Iskretz, où vous êtes née d'ailleurs. Au fil des années, ils ont déménagé à Sofia dans un appartement. Pour quelles raisons? S.V. : C'était la fin de la guerre et mes parents, comme beaucoup de Bulgares, étaient évacués de Sofia. Ils sont arrivés à Iskretz, un village à 60 kilomètres de Sofia, et je suis née à la "Clinique des ouvriers". C'était déjà tout un programme car j'ai toujours beaucoup travaillé dans ma vie ! Ensuite, mes parents ont rejoint Sofia. Ils sont restés un certain temps dans la maison de mes grands-parents avant de prendre un appartement. S.W. : Et c'est là que vous avez été contraints de partager cet appartement avec deux colocataires, des gens peu commodes ? S.V. : Tout à fait, ils appartenaient au régime. On nous avait imposé leur présence. Ces deux personnes avaient annexé tout notre appartement et nous étions entassés à quatre dans une chambre. C'était des méthodes très courantes et les Bulgares n'avaient absolument aucun recours. Les conditions de vie devenant de plus en plus insupportables, mes parents ont décidé de fuir. S.W. : La nourriture faisait aussi cruellement défaut à cette période de l'histoire de la Bulgarie ? S.V. : Nous avions faim car tout était rationné et je me souviens encore qu'on allait avec ma mère faire la queue pendant des heures pour acheter deux tasses de lait ou 100 grammes de beurre. S.W. : Vous étiez très jeune lors de votre départ de Bulgarie. C'était un moment terrible pour vous mais aussi le "passeport" pour une vie meilleure. En aviez-vous déjà conscience ? S.V. : On m'avait expliqué et puis je voyais l'empressement et l'angoisse de mes parents qui attendaient toujours les "fameux papiers" qui ont mis deux ans à arriver ! Pendant deux ans, il y a eu cette angoisse latente, cette façon de vivre avec des gens étrangers qui apparemment étaient inquiétants pour moi. J'avais toujours peur qu'ils me questionnent, que je puisse être piégée. Parfois, un des types qui vivaient dans notre appartement me parlait en tête à tête, alors que ma mère n'était pas là , et j'étais terrorisée à l'idée de raconter des choses qu'il ne fallait pas dire ou qui pouvaient entraîner des réactions terribles. Alors partir pour Paris était pour moi l'eldorado. S.W. : Vous êtes arrivée à Paris le 24 décembre 1952; c'est un beau cadeau de Noël? S.V. : C'était comme dans les belles histoires pour enfants. Mes parents étaient très heureux même s'ils étaient dépossédés de tout aussi bien de leur famille que de leurs biens matériels. Mais ils se sont battus pour reconstruire une vie meilleure. Ils ont eu beaucoup de courage. S.W. : « blagodaria » (merci en Bulgare) Sylvie ! S.V. : « blagodaria » Stéphane ! Propos recueillis par Stéphane Weiss |